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SAGESSE ÉVANGÉLIQUE

La religion, l'Église et les médias

Depuis quelques mois, beaucoup de faits de l’actualité ont concerné directement des hommes d’Église, notamment à cause du scandale de la pédophilie de prêtres catholiques. La question s’est posée : y a-t-il un complot des médias contre l’Église et même le Pape? Comment comprendre les rapports entre les médias, la religion, l’Église?

Nous constatons que le religieux échappe de plus en plus aux Églises et est pris en contrôle par l’État et la société civile, au cœur des débats sur la place des religions dans la vie en société. Il est devenu un ingrédient du politique, autant que du comique. Il a par ailleurs repris sa forme de religiosité diffuse dans la vie ordinaire, en se distançant des institutions et des systèmes de croyances bien encadrés. La popularité des anges, la revalorisation du purgatoire, les chakras, les dévotions populaires, les phénomènes d’apparitions, l’abondante littérature ésotérique en sont les symptômes.

Nous sommes en présence d’une double ignorance : ignorance-exclusion, c’est-à-dire mise à l’écart du religieux traditionnel véhiculé par les grandes religions, en particulier dans l’Occident judéo-chrétien; ignorance-non savoir de ce qui fait la réalité religieuse portée par des siècles d’histoire, méconnaissance de ses fondements documentaires : la majorité des médias reflètent ces ignorances et n’ont aucun intérêt à valoriser le religieux et la réflexion religieuse. Ils succombent à la tentation de la facilité à véhiculer des clichés qui font vendre et n’obligent pas à réfléchir.

Trois formes du religieux se partagent les influences dans les sociétés actuelles :

·         le religieux structuré et organisé comme véhicule de sens et de gestes humanisants, confié à une institution qui se réclame de la continuité avec les enseignements et les modèles de son Fondateur, sous la direction de leaders jouissant d’une autorité venant de Dieu et qui en contrôlent la conformité historique autant que la rationalité;

·         le religieux charismatique et spiritualisé, produit et vécu dans la communauté en recherche d’expériences fortes, imprégnées d’émotions et de relations chaudes, dans une libération des créativités et des charismes personnels et la place donnée aux groupes d’appartenance;

·         le religieux diffus, éclaté, polythéiste, éclectique, à couleur humaniste, qui se tient à distance de l’institution et des manifestations trop confessionnelles, souvent vécu par les gens qui ont tourné le dos à une Église trop rigide et peu inspirante.

Où et comment actualiser une bonne communication? Quel est notre objectif principal, pour nous chrétiens, en ce domaine? Les grands thèmes qui devraient  mobiliser notre attention et celle des gens sont : la justice sociale, les questions de sens, les connaissances du fait religieux, les expériences spirituelles significatives, les modèles de vie croyante engagée. Il ne faut pas chercher à servir de paratonnerre contre les attaques faites à l’Église et à ses dirigeants, ni se glisser dans les coulisses des humoristes et des bouffons.

Nos communications par et avec les médias doivent faire appel à de bons communicateurs plutôt qu’au grand patron évêque ou cardinal, des gens qui ne sont pas identifiés comme tenus à un discours langue de bois, mais qui ont un profil libre, un regard critique sur l’ensemble de ce que véhiculent les groupes religieux.

La réflexion sur les rapports entre les médias et l’Église fait prendre conscience qu’aucune institution, aucun leader politique ou religieux  n’échappe au regard des médias. Ce qui a comme conséquence de nous convier à vivre notre vie chrétienne de manière irréprochable. L’examen de nos manières de vivre, de parler, de déclarer des certitudes sur la place publique est pour nous salutaire. Et quand les médias nous y incitent en nous provoquent à une sérieuse autocritique, ils nous rendent service.

Jean Desclos