Fabriqué par Raymnond Paris

Sagesse évangélique

Dieu Amour appelle à aimer


Qui dont est Dieu pour chacun de nous? Notre façon de l’identifier varie selon notre personnalité, notre éducation, nos expériences de vie. La révélation judéo-chrétienne aussi bien que l’histoire des religions tracent une sorte de mosaïque de représentations de Dieu. Il est tour à tour une puissance terrible, effrayante, un créateur distribuant l’être et la vie avec générosité, un guérisseur des maladies et infirmités, un souverain intelligent qui organise et dirige l’univers, un libérateur sensible à la souffrance de son peuple, un esprit insaisissable et mystérieux. Et ce que nous disons de Dieu a un écho sur notre propre vie et notre conduite, et définit des attitudes : la soumission au Dieu terrible, l’admiration du créateur, la supplication au guérisseur, la collaboration au grand gérant de l’univers, la volonté de changer le monde avec le libérateur, l’adoration silencieuse du Dieu innommable.

Qui donc est Dieu? Qui es-tu donc, Dieu, et qu’attends-tu de moi? Que veux-tu que je fasse? C’est la question posée à Jésus par un docteur de la loi : quel est le plus grand commandement? Qu’est-ce que Dieu attend de nous? La réponse de Jésus nous présente alors le vrai visage de Dieu : Dieu veut que les humains vivent dans l’amour les uns pour les autres et qu’ainsi ils soient en communion avec Lui. Dieu est Amour, écrit saint Jean et son amour précède le nôtre. Comprenant à quel point il nous aime, nous l’aimons en retour et nous accueillons son commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous aimés. Comme je vous ai aimés, jusqu’à tout donner, ma vie, ma souffrance, mon sang, mon corps.

Aimer, c’est entrer dans les mœurs de Dieu qui nous est présenté comme l’Amour même. Dieu décentré de lui, qui nous donne la vie et qui donne sa vie, en Jésus, le Fils crucifié librement et par amour. Aimer c’est servir humblement comme Jésus qui lave les pieds de ses disciples. Aimer, c’est donner du temps au souffrant comme le samaritain de la parabole. Aimer, c’est s’ouvrir à l’amour des autres et ne jamais calculer les gestes qui peuvent leur faire du bien.

Aimer, c’est accepter de perdre des sous, de se fatiguer généreusement pour une bonne cause. Aimer, c’est vouloir du bien aux autres, ne jamais leur souhaiter du mal. C’est prendre le temps d’écouter l’autre, d’accueillir ce qu’il est, sa souffrance, ses lenteurs, ses limites.

Aimer Dieu n’a de sens que si on aime les autres, dit saint Jean. L’un ne va pas sans l’autre, sinon notre relation à Dieu est fausse. L’amour pour l’autre est le critère et la preuve de mon amour pour Dieu.

Aimer Dieu, c’est s’ouvrir à une découverte jamais achevée de la profondeur de l’Amour, sans jamais posséder totalement ce Dieu plus aimant, infiniment aimant et aimable. Aimer Dieu, c’est imiter son amour pour les bons et les méchants. Aimer Dieu, c’est m’aimer moi-même comme objet de son amour, digne de respect comme Lui. Aimer Dieu, c’est aimer son monde, sa création et en prendre soin.

L’amour est à la source de tout, au cœur de tout. L’amour englobe tout. On le chante, on le vit, on en souffre, on en meurt. La plus grande souffrance que vivent les humains est de ne pas être aimés. Le bonheur a le goût de l’amour, de la communion des cœurs et de la qualité de cœur. Bonheur rime avec bonté. En nous demandant d’aimer, Jésus nous enseigne la vraie manière d’être heureux. La haine, la vengeance, le mépris, la tricherie sont des maladies spirituelles du cœur, qui rendent la personne inconfortable, tiraillée, jamais en paix. Le bonheur, c’est d’être bon, et de goûter la joie de se donner sans détour.

Thérèse de Lisieux nous a laissé une belle formule : aimer, c’est tout donner et se donner soi-même. Et c’est là une bonne manière de se représenter Dieu et de comprendre notre propre responsabilité morale au cœur du monde. Ce monde est rempli de violences, de souffrances, de divisions, de guerres. Les humains n’aiment pas beaucoup leurs semblables, et ils se font du mal. Les disciples de Jésus veulent apporter la paix et la réconciliation, le pardon, le respect profond de chaque personne humaine. Cette mission est fort exigeante.

Aimer est une émotion, une énergie spontanée qui s’exprime en des liens naturels des parents pour les enfants, ou qui surgit dans la rencontre d’une personne qui nous séduit et nous fait vibrer le cœur. Aimer est aussi une décision, et pas seulement une émotion, une discipline du cœur entraînant à aimer des gens qui ne nous sont pas nécessairement agréables. Une décision qui inclut les ennemis, selon Jésus. Aimer est un défi de générosité, que nous ne réussissons pas toujours. S. Paul énumère les qualités de l’amour qui prend patience, ne jalouse pas, est serviable, etc. il explique que seul l’amour donne du poids à la foi et à l’engagement.

Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi? Il est Amour. Il est aussi l’Amour souffrant. Il y a un lien mystérieux entre la souffrance et l’amour. Quiconque aime s’inquiète, se dévoue et se fatigue, accepte d’être blessé sans jamais blesser. Dieu Amour est un Dieu qui accepte de naître, souffrir, mourir en humanité. Il nous invite à ne pas avoir peur de souffrir par amour, sachant que l’amour triomphe de la souffrance et de la mort. Ainsi, quand nous rappelons dans la messe sa mort et sa résurrection, nous communions à la source de l’amour bouleversant de Celui qui n’a rien ménagé pour nous rendre heureux.

Admiration, reconnaissance, adoration, supplication, libération : nous vivons toutes ces émotions à l’endroit de Dieu. Il faut ajouter imitation : comme je vous ai aimés, dit Jésus. Comme lui. Jusqu’au bout, tout donner, avec gratuité et dans la joie. Car quand nous aimons nos frères nous les faisons vivre, nous les ressuscitons comme Jésus nous redonne vie par son Esprit d’amour répandu dans nos cœurs.

 Jean Desclos



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