Sagesse évangélique
Le ciel vu de la terre

J’ai vu récemment un très beau volume de photographies prises à partir
d’une montgolfière. Il a
pour titre : LA TERRE VUE DU
CIEL. Les images sont
d’une beauté rare, à couper le souffle.
Elles nous font voir des coins de pays, des gens, des forêts, des
déserts, des animaux, des prairies, des villes, des montagnes, à partir
d’en haut, comme les oiseaux les voient, sous un angle qui n’est pas
celui du regard des humains.
Le petit enfant, lui, voit
le monde du bas vers le haut. Il
doit sans cesse lever les yeux pour prendre contact avec les personnes qui
l’entourent. Tout lui apparaît
gigantesque. C’est pourquoi il
croit si facilement les récits de géants qui font des pas immenses avec des
bottes de sept lieues!...
Certes,
il est utile de prendre une distance de cette boule terrestre pour mieux
comprendre qu’elle est petite, un grand de sable dans le cosmos, et que, vue du
ciel ou de la lune, la planète
bleue est un carré de sable…Mais ce n’est pas notre vision habituelle : nos yeux
voient plus commodément à
l’horizontale, devant, pour guider les pas, pour lire.
Ils sont fixés sur le devant de la tête, et non derrière, comme pour
aider à avancer sans hésiter.
Et cela m’amène à réfléchir.
C’est notre manière de regarder qui
fait la différence dans nos relations aux autres, au monde, à Dieu.
La foi en Dieu nous fait prendre conscience que nous sommes de petits
enfants. Et dans la prière, nous
tournons spontanément nos regards vers le haut, vers le ciel, comme pour
exprimer notre petitesse et notre désir de recevoir d’un Être plus grand.
Cette posture du regard est bien reproduite dans certaines images
pieuses. Elle indique également
notre humilité, ce mot rappelant l’humus, la terre dont est issu le premier
homme (Adam) selon le récit biblique du second chapitre de la Genèse.
Pourtant, le Dieu que nous prions n’est pas en haut, ni en bas : il est
devant nous, nous précédant, nous invitant à le suivre.
Dans la liturgie du bréviaire, pour le temps du carême, l’invitation à la
prière commence par ces mots : les yeux
fixés sur Jésus-Christ, entrons dans le combat de Dieu.
Le regard tourné vers Celui qui est chemin, vérité et vie, nous
pouvons marcher au vrai combat quotidien de la générosité et du service, dans la
patience, la bienveillance.
Regarder Jésus, c’est vraiment regarder le Ciel, car cet Homme est la
présence de Dieu au cœur de notre monde.
Et alors, comme Zachée grimpé dans le sycomore, nous cherchons à le voir
en espérant qu’il nous appelle à l’accueillir.
Et lui nous enseigne la clarté du regard, à ne pas juger l’autre, à
examiner la poutre qui obstrue notre œil fixant de haut la paille qui est dans
l’œil du voisin. Il nous entraîne à
voir au-delà des apparences, de la mort, la Vie véritable et la joie solide
enracinée dans l’amour impérissable de Dieu.
Dans les récits de résurrection, Jésus se laisse voir, par
Marie-Madeleine, les disciples d’Emmaüs, les Apôtres.
Les textes suggèrent qu’il est là et qu’on ne le reconnaît pas au premier
regard. Il faut du temps, dans
l’expérience spirituelle, pour que le regard le découvre là, présent, vivant,
aidant, agissant. Au moment de la
fraction du pain, dit le récit de saint Luc, les deux disciples le reconnurent,
puis il disparut à leurs yeux… Il invite à croire sans voir.
Bien des expériences de nos vies nous aident à comprendre que nous ne
savons pas toujours regarder, que nous sommes comme des aveugles, ou que nous
manquons d’attention à la Vie qui est là, à la Présence, à l’Amour divin
manifesté dans les belles délicatesses du quotidien.
Voilà ma petite réflexion!
En quel sens regardons-nous le monde, la vie, les gens?
De haut? De loin?
Distraitement? Tristement?
Je nous invite à fixer les yeux vers le Ciel, vers le Père qui voit
l’intime de notre cœur, vers Jésus qui nous apprend à regarder la souffrance et
la mort avec ses yeux de Ressuscité, avec le soutien de l’Esprit grâce à qui nos
regards se rejoignent dans une même communion. Et alors c’est
le Ciel vu de la Terre que nous
expérimentons, en un regard de confiance et d’amour tendu vers l’Auteur de la
Vie.
Jean Desclos