Sagesse évangélique
César ou Dieu

Nous aimons discuter, débattre, émettre nos opinions
sur la mode, le sport,
Le message évangélique de communion et de paix nous
est confié, non pas comme un trésor que nous pourrions garder pour nous seuls,
mais comme un pain à partager au monde entier. Non pas comme une doctrine que
nous aurions le droit ou le devoir d’imposer comme étant la seule vérité, mais
comme une offre de vie et de sens, proposée comme une interpellation, un appel
capable de rejoindre le cœur des gens pour les stimuler à suivre le Christ, à
être ses disciples, à être bons, libres et libérateurs, artisans de paix. Cette
responsabilité nous engage à vivre notre foi en Jésus de manière authentique,
pas seulement du bout des lèvres, mais en posant les gestes qui disent haut et
fort que le Dieu de Jésus Christ occupe une place de choix dans nos vies.
L’évangéliste Mathieu présente en quelques lignes
l’altercation entre Jésus et les disciples des pharisiens concernant le paiement
de l’impôt à l’empereur. La question est explosive, du fait que les conquérants
romains ne sont pas aimés des Juifs, et que refuser de payer l’impôt apparaît
comme un geste patriotique. Mais attention : un tel refus serait puni par le
pouvoir en place, et Jésus comprend bien que les pharisiens, qu’il critique
sévèrement, cherchent à le prendre à ce piège romain.
Sa réponse est cinglante. Hypocrites…montrez-moi
Remarquons que la réponse de Jésus pourrait
s’arrêter là, en disant de rendre à César ce qui appartient à César. Il ajoute
un élément qui n’est pas directement lié à
Comprise avec notre expérience de l’histoire de
l’Église et des réalités politiques contemporaines, la formule nous renvoie à
une sorte de sagesse : ne mêlez pas Dieu à vos intérêts économiques et
politiques, à vos ambitions et à vos chicanes partisanes. Laissez Dieu être
Dieu, au-dessus de la mêlée un peu sordide de vos querelles de pouvoir.
N’utilisez pas Dieu pour vous donner de l’importance, du pouvoir et, à la
limite, pour imposer aux autres vos idéologies, pour les menacer et les exclure.
Tous les régimes politiques succombent à la
tentation d’utiliser la religion comme caution à leurs décisions. Les gens des
États-Unis, par exemple, connaissent bien ce phénomène de l’influence de groupes
religieux conservateurs sur les orientations politiques, y compris dans les
décisions favorisant la guerre au nom de Dieu. Ce fut le cri des croisades au
Moyen Age : Dieu le veut. Machiavel nous a légué une philosophie politique
invitant le prince à se draper du manteau de la religion pour consolider son
pouvoir, même s’il est un pur incroyant. Le même jeu se répète partout. Le petit
peuple se fait manipuler par des puissants qui se drapent de l’autorité de Dieu
pour l’exploiter. Ne mêlez pas Dieu à vos intérêts politiques et à vos ambitions
de profit.
Compris en sens inverse, cela signifie que l’Église
ne doit pas chercher à être un lieu de pouvoir et de magouilles politiques
partisanes. Elle doit éclairer, par sa doctrine sociale, mais non diriger les
sociétés. Elle conseille les décideurs politiques quand elle le peut, mais elle
ne cherche pas à les contrôler. Elle a même la responsabilité de les questionner
sur leurs abus, de les critiquer sur leurs incohérences et leur défaut de
respecter les principes, mais surtout les personnes.
Allons plus loin dans notre réflexion. À l’heure
actuelle, la crise boursière nous fait prendre conscience que l’argent et le
pouvoir qu’il représente ont en réalité bien peu de valeur. En suivant les
soubresauts de cette crise mondiale, nous observons que les gens cherchent un
refuge dans un placement sûr, en général l’or qui est considéré comme ce qui est
le plus facilement monnayable en toute situation. La question qui nous est
posée, pour notre vie spirituelle : dans quoi investissons-nous nos vies, où
sont nos valeurs sûres et monnayables en toute situation.
Je nous invite à nous doter d’une monnaie forte, à
l’effigie du Christ libérateur. Cette monnaie a comme légende : aimez-vous comme
je vous ai aimés. Elle sert à négocier les biens les plus importants pour notre
bonheur : la communion fraternelle, l’espérance de la vie éternelle, la joie du
partage, la dignité incomparable de chaque personne humaine créée à l’image de
Dieu, le service humble, le don de soi, la paix, le pain de la Parole et de
Notre message, comme celui de Jésus, est à
contre-courant de la démangeaison actuelle de tout acheter, de tout posséder,
d’accumuler l’argent de César, de faire triompher une option politique,
d’imposer un pouvoir. Le Christ humble qui donne sa vie pour le monde sollicite
notre participation à son projet, en nous attachant à Dieu et à sa parole, en
vivant de Lui et pour Lui, en vivant pour les autres et non pour nous-mêmes.
Ainsi pourra se réaliser un peu plus son projet de nous faire partager sa vie
divine, à travers nos limites et nos souffrances, et surtout au-delà de
Jean Desclos
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