L’ESPRIT VIVIFIANT
Jean 14, 15-16-23b-26
À la Pentecôte, l’Esprit est diffusé pour rendre possible la
communion des enfants de Dieu. Désormais, ils peuvent se comprendre
malgré les différences de langues et de cultures. C’est le
renversement de Babel, symbole de la cacophonie des peuples et des
humains. Il n’y a plus ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme,
ni juif ni grec, écrit saint Paul.
L’effet de la résurrection c’est de libérer l’Esprit pour qu’il nous
soit présent, comme notre
véritable ange gardien et inspirateur de nos existences. Sa
présence se vérifie au quotidien, dans les moindres gestes et
situations, les rencontres, la nature, la vie qui bouge en nous, les
expériences nouvelles qui nous amènent à l’aventure du don et de
l’engagement.
Autre aspect de l’effusion de l’Esprit du Ressuscité : il s’infiltre
dans le cœur de tous et de toutes, et pas seulement des dirigeants.
Certes, le pape, les évêques, les prêtres ont une responsabilité
particulière dans l’Église, mais ils ne sont pas propriétaires de la
vérité, du bon sens, du bon jugement. C’est ensemble, en faisant
confiance à l’Esprit répandu
dans tous les cœurs, que notre communauté cherche à progresser
dans la direction de l’Évangile.
L’Évangile nous présente Jésus comme un gentil délinquant qui ne
s’attache pas aux règles mais d’abord aux personnes à respecter dans
leur vécu et leurs souffrances. Il est condamné parce qu’il
n’observe pas le sabbat dans le détail. Il refuse de condamner la
femme adultère, il fréquente les pécheurs et mange avec eux. Il
n’est pas tout à fait réglo… L’Évangile est l’écho de l’Esprit qui
libère de la lettre. La
lettre tue, l’esprit vivifie.
En Église, dans les questions de morale, comme la contraception ou
l’avortement, nous avons élaboré des raisonnements qui ont leur
validité intellectuelle et représentent un idéal élevé. Nous avons
également appris à regarder la vie concrète, les limites des gens,
et à être bienveillants et pleins de compassion pour les situations
complexes qu’ils vivent, souvent dans la souffrance plus que dans la
négligence ou la culpabilité. Une distinction utile est de voir la
décision éthique soit comme le produit d’une rationalité froide (les
principes, les obligations, la règle universelle), soit comme le
résultat d’une rationalité chaude (les situations réelles des gens,
leurs limites et leurs désirs de croissance), en cherchant à
rejoindre le mieux possible l’idéal proposé. L’Évangile se situe du
côté de la rationalité chaude
et ne propose jamais une sorte de fondamentalisme éthique : c’est
écrit, c’est la loi, c’est obligatoire. Il accueille la fragilité
humaine, comme le fait Jésus qui a toujours pris le parti des
pécheurs non pour les approuver mais pour les inviter à progresser
vers le bien à travers leurs limites, avec la grâce de l’Esprit.
Jean Desclos
SCG 30 mai 2010

