Au moment d’entreprendre son ambitieux travail de conversion des
cœurs, Jésus vit une mise à l’épreuve qui annonce le drame pascal
qu’il aura à vivre. Dans le récit de la tentation, il vit trois
situations : il a faim, très faim. Lui le Fils de Dieu, pourrait
tricher et changer le cours des choses à son avantage, par un tour
de magie. Mais alors il renierait notre condition humaine avec ses
limites et ses souffrances. Non, il doit accepter la faim, comme
tous les affamés de la terre, mais surtout comme ceux qui ont faim
et soif de bonté et de justice.
Il est seul depuis 40 jours et 40 nuits dans le désert, ignoré de
tous. Comme ce serait plaisant de se faire applaudir par la foule de
Jérusalem en leur démontrant sa supériorité, par un geste
acrobatique. Non, il doit accepter d’être un homme ordinaire, humble
serviteur, le dernier de tous, comme tant de gens qui passent leur
vie entière comme d’illustres inconnus heureux d’être connus de
Dieu.
Lui qui ambitionne de transformer ce monde et d’instaurer le Royaume
de Dieu, pourra-t-il y parvenir plus facilement en pactisant avec le
monde et ses idolâtries, en concédant à la facilité et au mensonge?
Pas question : il doit aller jusqu’au bout de son engagement à
transmettre et à vivre un amour totalement pur de tout intérêt
mesquin, de toute ambition de dominer les autres.
Jésus ne lâche pas. Il est fidèle à son Père, et surtout fidèle à
son engagement, à son incarnation en chair humaine, en proximité
humaine. Le voilà donc prêt à affronter le pire : il sera massacré
par des gens qu’il aide et guérit, il sera abandonné par ses propres
amis, il sera crucifié comme un vulgaire esclave méprisé des gens.
Mais il ne lâche pas. Il aime jusqu’au bout. Il ne succombe pas à la
tentation de quitter sa croix pour se saouler des plaisirs de
l’existence humaine. Quand on comprend l’enjeu de ce récit, on
comprend la force de caractère et la volonté d’aimer sans se laisser
distraire par la facilité ou les compromis. Le carême offre
l’occasion de relancer notre vie chrétienne sur ses traces, avec
courage et confiance, avec son aide.
Jean Desclos
SCG 20 mars 2011


